COR - Les producteurs de fruits et légumes prêts à se mobiliser

Publié le par Issaka Salia Ousseini

Les producteurs de fruits et légumes, reçus ce mardi par le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire, n'entendent pas rembourser des subventions touchées dans les années 1990 et brandissent la menace d'une mobilisation.

L'annonce lundi que l'Etat demanderait aux producteurs de fruits et légumes le remboursement d'environ 500 millions d'euros de subventions indues versées entre 1992 et 2002, conformément à une exigence de l'Union européenne, a provoqué une levée de boucliers que le ministre espère apaiser en recevant les acteurs de la filière à 14h30.

Le montant demandé aux producteurs pourrait atteindre selon les cas "plusieurs milliers d'euros ou dizaines de milliers d'euros, dans une situation où la conjoncture est très défavorable," a affirmé Jean-Michel Lemétayer, président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), au micro d'Europe 1.

"Je préviens d'ores et déjà le gouvernement que s'il venait à exiger le remboursement de tout ou partie de cette enveloppe due (...), les producteurs de fruits et légumes, et d'autres d'ailleurs, seraient solidaires pour se mobiliser," a-t-il dit.

La veille, sur RTL, le député européen Vert José Bové avait affirmé que l'Etat était seul responsable, invitant les agriculteurs "à refuser (de rembourser) et à désobéir car c'est injuste, amoral, complètement contraire à la situation actuelle que vivent les paysans."

"UNE PETITE FAUTE DE JEUNESSE"

En janvier, après sept ans d'enquête, la Commission européenne avait estimé que des aides en France de quelque 330 millions d'euros consenties sur la période 1992-2002 faussaient la concurrence. En tenant compte d'intérêts compris entre 100 et 150 millions d'euros, la facture atteint maintenant les 500 millions et l'Etat risque une astreinte de l'ordre de plusieurs dizaines de millions d'euros par trimestre s'il ne s'exécute pas, selon Bruno Le Maire.

Pour éviter cette hypothèse, le ministre a envoyé le 29 juillet une lettre à la Commission pour lui annoncer que le processus compliqué de recouvrement des aides serait lancé dès le mois de septembre, comme l'a révélé Le Parisien lundi.

Bruno Le Maire, pris de court par le tollé soulevé par cette information, a assuré qu'il allait négocier plusieurs points avec Bruxelles, notamment le montant exact des sommes dues. "On dit 500 millions d'euros, j'estime qu'il y a là-dedans des aides qui ne sont pas illégales", a-t-il dit sur France 2 lundi.

Il a ajouté qu'il comptait jouer sur le délai et serait "très attentif à ce que la situation des producteurs soit analysée au cas par cas pour ne pas pénaliser les plus fragiles."

"Aucun producteur dans une situation économique fragile, voire désespérée, n'aura à rembourser", a-t-il assuré.

Dans une interview diffusée mardi par Le Parisien, Jean Glavany, ministre socialiste de l'Agriculture entre 1998 et 2002, dit assumer pleinement le versement des subventions car "l'Etat n'avait pas le choix et (...) ne pouvait attendre que les producteurs soient à l'agonie."

"Bruno Le Maire aurait dû attendre le résultat du recours déposé par la France devant la Cour de justice européenne pour prendre une décision," ajoute-t-il avant d'estimer que le nouveau ministre, ex-secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, "veut être plus européen que tout le monde."

"Il a commencé à corriger son erreur dans ses dernières déclarations. Cette polémique, c'est surtout une petite faute de jeunesse," ajoute le député socialiste des Hautes-Pyrénées.

Véronique Tison, édité par Gérard Bo
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